Il faisait déjà 30 °C sur la ligne de départ, à 9 h du matin, et la météo annonçait un pic à 36 °C en fin de matinée. 42 km, 1 900 m de D+, exposés plein sud sur la moitié du parcours. J’ai terminé, mais j’ai vu des coureurs bien plus rapides que moi marcher à l’ombre au km 25, vidés. Voici ce que j’ai mis en place, ce qui a tenu, et les trois bêtises que je ne referai plus.
Le contexte : un trail estival où tout le monde a explosé sur l’hydratation
La course partait d’un fond de vallée pour grimper sur une crête sans une seule zone d’ombre. Les ravitos étaient espacés de 9 à 12 km, soit grosso modo 1 h 15 à 1 h 30 d’effort entre deux points d’eau pour mon allure. Sur le papier, gérable. Dans les faits, la chaleur a transformé chaque côte en piège.
Au premier ravito, le constat était net : des coureurs avec une seule flasque de 500 ml l’avaient déjà finie et attaquaient le rationnement, alors que la grosse chaleur n’était même pas encore là. Plus loin, un type s’est assis dans un fossé, pris de vertiges et de nausées. Classique d’un effort long en chaleur où l’apport hydrique et l’apport sodé ne suivent pas la transpiration. Quand on sue 1,2 à 1,5 litre par heure (réaliste à plus de 30 °C), boire de l’eau pure en grande quantité sans sodium peut même aggraver les choses et favoriser un déséquilibre, ce qu’on appelle l’hyponatrémie en course.
Ma pré-charge hydrique et sodée des 48 h : ce qui a marché
Je n’ai pas attendu le matin de la course pour m’hydrater. Sur les deux jours avant, j’ai surveillé deux choses simples : la couleur des urines (objectif jaune pâle, pas transparent) et mon apport en sel.
Concrètement, voici ce que j’ai tenu sur les 48 h :
- Volume d’eau réparti sur la journée, environ 35 ml par kilo de poids de corps, soit autour de 2,5 litres pour mes 72 kg, sans me forcer à boire d’un coup.
- Une salière plus généreuse que d’habitude sur les repas, plus une boisson sodée la veille au soir et le matin du départ.
- Le matin J, 500 ml d’eau additionnée d’environ 700 à 1 000 mg de sodium dans les 90 minutes avant le départ, terminée 30 minutes avant pour éviter l’estomac qui ballotte.
L’idée n’est pas de se gaver d’eau, ce qui ne sert à rien et dilue le sang. C’est d’arriver sur la ligne avec un bon niveau de sodium en réserve. Le résultat : pas de soif agressive sur la première heure, et surtout pas cette sensation de bouche pâteuse qui arrive vite quand on part déjà en léger déficit. Pour le détail du dosage, j’ai suivi la même logique que dans ce guide sur comment doser les électrolytes pour éviter les crampes.
En course : le volume horaire et la fréquence que j’ai tenus à la chaleur
C’est le cœur de ma gestion, et la partie que j’ai le plus travaillée à l’entraînement avant ce trail.
Mon plan, calibré pour une chaleur supérieure à 30 °C :
- Volume : 700 à 800 ml par heure, contre 500 ml que je vise sur une sortie tempérée. À la chaleur, je monte volontairement le robinet.
- Fréquence : 2 à 3 gorgées toutes les 12 à 15 minutes, jamais une grosse rasade d’un coup. Boire petit et souvent passe beaucoup mieux à l’estomac quand le corps est déjà chaud.
- Sodium : environ 600 à 800 mg de sodium par heure via une boisson d’effort dans une flasque, et de l’eau pure dans l’autre. Je sue beaucoup et salé (traces blanches sur la casquette), donc je vise le haut de la fourchette.
Côté matériel, je suis parti avec deux flasques de 500 ml plus une poche de 1 litre, soit 2 litres au total, pour couvrir les segments de 1 h 30 sans tomber à sec avant le ravito suivant. À chaque point d’eau, je remplissais tout, même si une flasque était encore à moitié pleine. À 30 °C et plus, repartir avec une réserve incomplète, c’est jouer avec le feu.
Petit repère que j’avais collé sur ma flasque : une flasque de 500 ml toutes les 35 à 40 minutes. Ça m’a évité de réfléchir quand la fatigue est arrivée. Si vous débutez avec ces notions de volume et de sodium, le lexique reprend les termes simplement.
Mes 3 erreurs à ne pas reproduire (et le réflexe qui m’a sauvé la fin)

Tout n’a pas été parfait. Trois choses m’ont coûté cher.
Erreur 1 : avoir sous-estimé la première heure. Tout allait bien, je me sentais frais, donc j’ai un peu relâché sur la fréquence des gorgées sur les 40 premières minutes. Résultat, un léger retard d’hydratation que j’ai passé le reste de la matinée à rattraper. À la chaleur, le déficit se creuse en silence avant même qu’on ait soif.
Erreur 2 : trop de sucre, pas assez de sel au début. Ma première boisson était surtout dosée en glucides, avec un apport en sodium trop léger. Vers le km 18, j’ai senti la nausée pointer, le ventre qui ne digérait plus. J’ai dû alterner avec de l’eau pure quelques kilomètres pour calmer ça. La leçon : équilibrer sucre et sodium dès le départ limite le risque de troubles digestifs en chaleur.
Erreur 3 : ne pas m’être arrosé plus tôt. J’ai gardé mon eau pour boire, par peur d’en manquer. Mauvais calcul. Se refroidir la nuque et la tête baisse la sensation d’effort et aide à mieux tenir.
Le réflexe qui m’a sauvé la fin : au km 30, à bout, j’ai pris 3 minutes à un ravito pour boire 400 ml d’un coup avec une bonne dose de sel, remplir toutes mes flasques, et me verser un gobelet d’eau froide sur la tête et les avant-bras. Ces 3 minutes m’ont relancé pour les 12 derniers kilomètres, là où d’autres marchaient. Mieux vaut perdre 3 minutes à un ravito que d’exploser et en perdre 30 sur le reste du parcours.
Mon bilan : un plan qui tient se prépare avant le départ et s’exécute petit et souvent, sodium compris. Pour reconstituer mon kit boisson, je passe par la gamme de boissons électrolytes. Et le prochain trail caniculaire, je m’arrose dès le premier kilomètre exposé.